Analyse du travail et des mutations dans l’industrie et les services

Devenir intervenants-chercheurs au sein d’Atemis, récit de deux trajectoires

Sophie Claude et Brian Démas, en liens étroits avec l’équipe d’Atemis depuis plusieurs années sont devenus associés du laboratoire d’intervention-recherche au mois de janvier 2026. Ils nous racontent leurs parcours et la spécificité de leurs travaux.

Comment s’est faite votre rencontre avec Atemis ?

Sophie : Ma rencontre avec Atemis s’enracine dans ma formation en ergonomie à la Sorbonne, au sein du master de Paris 1 dans lequel intervenaient Sandro de Gasparo, Olivier Blandin et François Hubault. Lorsque j’ai commencé à exercer comme ergonome, je me suis vite rendu compte que les questions articulant modèle économique et santé au travail, pourtant abordées en formation, restaient difficiles à travailler dans mes interventions. Mes échanges à l’époque avec Sandro, qui avait été mon tuteur à Paris 1, m’ont donné une connaissance plus fine des travaux d’Atemis.

Par la suite, j’ai pu participer à des temps de supervision animés par François Hubault. Puis j’ai choisi d’intégrer la communauté « Travail et Politique », avant de rejoindre le club EF&DD, dont j’ai rapidement intégré le bureau en tant que co‑présidente. Ces différents espaces m’ont amené à rencontrer et prendre part à la communauté en lien avec le laboratoire.

À partir de 2018‑2019, j’ai commencé à participer aux temps mensuels Atemis, puis à intervenir en co‑intervention avec des membres du collectif. C’est ainsi que le lien s’est progressivement construit.

Brian : Pour ma part, tout est parti de mon master 2 d’économie à Paris 7 (aujourd’hui Paris Cité). J’étais en alternance dans un cabinet d’expertise pour les Comités d’entreprises et les CHSCT sur des missions liées aux risques psychosociaux et aux transformations organisationnelles, tout en suivant à l’université les cours de Christian Du Tertre et d’Olivier Blandin. Leur manière d’articuler les questions économiques aux enjeux de travail, le tout dans une perspective politique, m’a permis de mieux comprendre les situations auxquelles j’étais confronté.

Avec quelques étudiants du master, nous avions constitué un petit groupe, « Atemis Junior », qui cherchait à expérimenter un collectif de travail en lien avec Atemis. Le projet n’a pas perduré, mais mes relations avec Atemis se sont renforcées. J’ai ainsi progressivement été amené à intégrer différents dispositifs de travail du  laboratoire (retours d’expériences, débats théoriques…) et à co‑intervenir avec des atémissiens à partir de 2017.

Cela m’a donné envie de développer une véritable pratique d’intervention. Dans mon cabinet, nous intervenions surtout dans des cas où ça allait mal (burnout, plans sociaux…) et sans pouvoir être véritablement engagés auprès des managers et dirigeants concernés. Avec Atemis, je découvrais des organisations où les dirigeants souhaitaient réellement réfléchir et transformer leur modèle économique, leur façon de travailler et de s’organiser.

Qu’est‑ce que cela signifie pour vous d’intervenir comme intervenant‑chercheur atémissien ?

Sophie : Atemis porte une conception exigeante de l’intervention : il s’agit de se mêler aux acteurs, de répondre à une demande tout en s’immergeant dans ce qui se joue réellement. Cela suppose de suivre l’évolution de la problématique, d’être attentif aux acteurs, aux éventuelles tensions, aux questions qui émergent, y compris celles qui débordent la demande initiale mais méritent qu’on s’y arrête.

L’intervention implique aussi de situer l’entreprise dans son écosystème, de comprendre la pluralité des acteurs qui agissent autour d’elle.

Ma participation à la dimension de recherche du laboratoire, se joue à deux niveaux :

  • Une intention de rigueur de pensée, indispensable pour éviter les raccourcis et choisir les mots justes, sans pour autant adopter une posture surplombante. Il faut trouver l’équilibre entre tenir et accompagner une complexité de pensée et la capacité à embarquer les personnes de là où elles partent.
  • Une recherche ancrée dans l’action, que ce soit à travers des dispositifs d’intervention-recherche (FACT‑Anact, FONJEP…) ou à travers nos temps de travail internes, où l’on interroge ce que nos interventions révèlent en termes de concepts socles et repères de pensée et d’action, ou en termes de pratiques à faire évoluer.

Brian : Pour moi, être intervenant‑chercheur, c’est adopter une posture qui permet à la fois d’accompagner les acteurs et de faire émerger et de travailler des questions de recherche avec les acteurs engagés dans l’action. Le tout en considérant que le point de départ est une ambition de transformation politique : inscrire nos interventions dans une perspective de transformation écologique et sociale.

C’est accorder la priorité à l’action : transformer concrètement les situations. Comme le dit Christian Du Tertre, l’action précède la pensée. C’est en travaillant avec les autres que nous gardons un pied dans le réel, et que nous continuons d’apprendre. En accompagnant, mais y compris en étant impliqués avec des initiatives entrepreneuriales et territoriales. Y compris en interrogeant aussi notre propre organisation interne.

Mais cette action exige une certaine rigueur intellectuelle pour cerner les problèmes, clarifier les questions auxquelles nous devons nous confronter pour avancer.

Cela induit une manière singulière de faire de la recherche : elle part de l’intervention, tout en ouvrant sur des considérations plus larges, plus génériques. C’est ce qui distingue la figure de l’intervenant-chercheur de celle  du consultant classique et/ou du chercheur académique classique.

Sophie : Ce qui me touche particulièrement dans Atemis, c’est la manière d’aborder les enjeux de société à travers le travail. Travailler avec Atemis, c’est agir avec une intention politique, au sens premier du terme.

Brian : Oui, c’est l’idée de ne rien lâcher : ne pas cloisonner le politique et la recherche. Ce que nous faisons porte une ambition, y compris lorsque cela nous met en difficulté ! Nous restons dans le réel.

Sur quelles questions travaillez‑vous plus particulièrement en ce moment ?

Sophie : Ces 3 dernières années, j’ai travaillé sur plusieurs interventions-recherche auprès du secteur associatif et culturel, notamment auprès d’associations dont le projet politique vise à soutenir l’inclusivité, la citoyenneté et l’émancipation des habitants. Avec des collègues d’Atemis, nous sommes notamment intervenus auprès d’acteurs associatifs (association, fédération, structures d’intermédiation pour les associations œuvrant en éducation populaire) et leurs partenaires institutionnels, pour les aider à sortir d’une logique industrielle et d’un système d’évaluation par le chiffre (nombre d’adhérents, nombre de séances d’activité…), qui ne rend pas compte du travail réel des professionnel.le.s et fragilise le projet associatif et ses effets sur son territoire.

Un deuxième axe concerne le secteur de la santé : comment soutenir une activité de soin de plus en plus fragilisée par un pilotage qui s’appuie sur le chiffre.

Enfin, j’interviens dans le milieu agricole pour soutenir la santé des agriculteurs et réfléchir à la manière dont ce sujet peut être porté collectivement. J’ai vocation à intervenir sur ces sujets, à l’échelle territoriale où je réside (AURA), c’est aussi une manière d’être davantage ancrée dans la réalité des dynamiques et écosystèmes locaux et de m’inquiéter dans la durée de la trajectoire des structures et des questions approchées durant les interventions.

Brian : Aujourd’hui, je dois dire que mon travail se focalise beaucoup autour de ma thèse, c’est à dire des travaux engagés avec le Réseau Cocagne autour des enjeux liés au « bien-vivre alimentaire ». Cela tourne principalement autour de deux axes  :

  • Le développement de systèmes alimentaires durables. Les limites du modèle agro-industriel sont désormais bien identifiées. Le foisonnement d’initiatives actuelles montre à quel point le sujet est central. La question est de savoir comment construire concrètement des systèmes alimentaires durables, quelles formes économiques inventer, quelles transformations cela engage dans le travail des professionnels.
  • La conception de démarche de transformation institutionnelle depuis l’activité de travail. Traditionnellement, on sépare les questions du travail des enjeux plus politiques et institutionnels. D’un côté, il y a le travail et ses dimensions techniques ; de l’autre, la politique et les espaces de délibération et de construction de la loi. Comment imaginer des manières de faire politique qui s’appuient sur l’expérience des professionnels ? ? Comment penser de nouveaux cadres institutionnels plus favorables au travail vivant, qui s’appuient sur l’expérience professionnelle et qui permettent de la développer ?

Dans quelle perspective vous inscrivez‑vous au sein d’Atemis ?

Sophie : Pour moi, devenir associée d’Atemis, c’est une forme de confirmation d’une volonté de travailler ensemble dans la durée. Je crois encore et toujours plus fortement aujourd’hui à l’enjeu de tenir à plusieurs la dimension politique de nos interventions. Cette ambition d’aider les acteurs économiques, institutionnels, politiques et scientifiques à prendre soin du travail, de celles et ceux qui le réalisent et de la valeur que cela crée (notamment dans les secteurs essentiels que sont la santé, l’alimentation, la culture), ce n’est pas une question que l’on peut porter seul.e. Le collectif d’Atemis, mais aussi de la communauté d’acteurs précédemment citée par Brian, sont ici essentiels.

Brian :Je partage ce sentiment. Cela marque quelque chose. Et cela pose aussi la question de la manière dont nous pouvons devenir davantage moteurs dans le développement d’Atemis. De ce point vue, être atémissien, c’est assumer des responsabilités dans la dimension politique et économique du projet.

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